Un tableau flamand au MARQ.

14 Mars 2013, 22:56pm

Publié par AMA

Inventaire 309-861/100/1, (1,24m x 0,57m).



Attribué à Cornelisz ENGELBRECHT (Leyde, ca.1458 - ca.1533), il daterait de 1510-1520.

Cette œuvre apparait dans le codicille testamentaire de l'évêque de Clermont, Guillaume DUPRAT (rédigé à Beauregard, le 12 octobre 1560, onze jours précédant son décès) ; détenue dans la chapelle du château épiscopal de Beauregard, Guillaume DUPRAT le léguait entre autres biens, aux Minimes du couvent de Beauregard. L'inventaire de Pièces des Archives des Hospices, la révèle en 1562 à l'Hôtel-Dieu, donné par cet établissement en 1861, elle entra dans les Collections Municipales.

Une peinture soignée, en glacis, un foisonnement de personnages richement vêtus, dans des postures maniéristes animent le tableau dans des mouvements de la vie réelle et une cohabitation improbable, le décor naturaliste, une architecture évoquant le Palais des Papes en Avignon au lieu du Pont et de la chapelle Saint-Bénazet.
Trois registres divisent cette peinture ;  le centre du registre supérieur à effet atmosphérique crée une perspective très contrastée : un paysage donnant un relief particulièrement spectaculaire à la scène du Golgotha*, occupe toute la focale centrale ; le Christ en croix entre les deux Larrons.
Au registre médian, dextre (à la gauche du spectateur) sous le chemin de la ville, un évêque et un dignitaire de la religion hébraïque, tenant un volumen évoquant l'Ancienne Loi, métaphore de l'Église et de la Synagogue. Ensuite dans cette narration statique, historique, des personnages sont par leurs caractéristiques vestimentaires, tantôt codant les XVe-XVIe siècles, tantôt orientalistes, parmi des hommes en armures en XVIe siècle des troupes hispano-autrichiennes, le fanion à l'aigle bicéphale est brandi.
Le registre inférieur au bord dextre, illustre les cinquième et sixième stations du Chemin de Croix, 'Simon de Cyrène aidant Jésus à porter sa croix' et 'Véronique essuyant le visage du Christ'. Au pied de la croix, se remarquent la Vierge éplorée soutenue par Marie Cléophas et Marie Salomé, l'apôtre Jean se frottant les yeux et Marie-Madeleine identifiable par son attribut : le pot d'onguents.
Un chien blanc couché le regard tendu vers la croix, au symbole de fidélité, de pureté de son pelage s'ajoute un rôle psychopompe*.
Au bord senestre (à la droite du visiteur) la quatorzième et dernière station la 'Mise au tombeau' auprès duquel Joseph d'Arimathie.
Le Christ de ce tableau, rompant avec la période doloriste, se présentent, un visage paisible, un corps naturaliste, sans tourment, une géométrie harmonieuse sans effet de pathos, selon la vison eschatologique* apaisée, apparue à la Renaissance.
Dans l'angle inférieur dextre, les armes DUPRAT sommées d'une crosse épiscopale.
Les Flamands inventèrent la peinture à l'huile, sur bois, le tableau de chevalet et l'œuvre d'atelier dont ce tableau parait témoigner, tant l'exécution de qualité inégale, semble de 'mains différentes' ; seuls, certains personnages emblématiques paraissent de la main du Maître (une comparaison intéressante avec le tableau du Golgotha conservé au Musée Mandet est à faire…).

Claudine VALLIN

d'après l'intervention "Brunch au MARQ"


* Golgotha 'la colline au crâne' la légende annonce que le Christ fut crucifié sur la colline où se trouvait la sépulture d'Adam.
* Psychopompe psuché, âme, pompos celui qui conduit l'âme, en grec.
* Eschatologique eschatos, dernier, logos, discours, en grec. Ensemble des doctrines et des croyances portant sur le sort de l'homme après sa mort.