La collection macologique d'Henri Lecoq

6 Juin 2010, 22:57pm

Publié par AMA

article publié dans la

Lettre de l'AM'A n°20,

Clermont-Ferrand, 2009

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La collection de mollusques d’Henri Lecoq compte plus de 100 000 spécimens et présente un grand intérêt scientifique et  historique.  Elle fut classée, déterminée et étudiée dans les années 1860 – 1870 par Armand Marie Paulin Ducros de Saint-Germain, collaborateur d’Henri Lecoq  chargé des collections  zoologiques. Les spécimens collés sur des cartons, sur lesquels sont écrits la détermination du mollusque, le lieu de collecte et le collecteur, sont disposés dans des tiroirs rangés selon leur systématique.

Persuadé des théories transformistes comme Henri Lecoq, Ducros de Saint-Germain classa cette collection en « séries pour l’étude des âges, des variétés et des influences locales »

afin de mettre en évidence «  l’évolution éternelle de la forme, de la mutabilité de l’espèce… ». C’est pour cette raison qu’il existe parfois des dizaines d’individus pour une même espèce.

Cette collection regroupe les cinq classes de mollusques : gastéropodes, bivalves, céphalopodes, scaphopodes et polyplacophores, provenant du monde entier.

 

Historique de la collection

Elle est formée de la réunion de plusieurs collections acquises par Henri Lecoq par dons, achats ou échanges. Lecoq n’était pas malacologue, mais il avait déjà un certain nombre de coquilles lorsqu’il se décida d’enrichir sa collection personnelle.

Dans les années 1840-1850, il avait collecté des gastéropodes terrestres dans les Pyrénées, la région bordelaise, les Alpes, le Gard, la Lozère, la Corse et la Suisse. Il s’intéressa à l’Escargot de Corse et publia une «  Note sur les mœurs de l’Helix tristis » en 1851 dans les Annales  scientifiques, littéraires et industrielles de l’Auvergne. Cette espèce d’escargot est aujourd’hui classée « en danger critique d’extinction » ; ce mollusque ne vit qu’en Corse où sa répartition se restreint aujourd’hui à  6 hectares.  Henri Lecoq publia aussi une « Note sur les accouplements adultérins de quelques mollusques » dans les Annales  scientifiques, littéraires et industrielles de l’Auvergne en1852.

Cette collection possède des spécimens collectés à Ajaccio en 1850 par le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre avec qui Lecoq avait échangé des coquilles.

 

P1010872Collaborateur de Moquin-Tandon de l’Institut au grand ouvrage des Mollusques de France  publié en 1855, Ducros de Saint-Germain donna à Henri Lecoq sa propre collection  constituée de mollusques continentaux provenant principalement de France. Il s’intéressa plus particulièrement au groupe des olives, mollusques gastéropodes de l’Indo-Pacifique.

 

A cet ensemble vinrent s’ajouter de nombreux échanges provenant de toute l’Europe.  

Puis vinrent les achats de la collection du capitaine Michel de Toulon et de celle de Pierre-Louis Duclos, éminent malacologue de la première moitié du XIXe siècle. Les spécimens de la collection Michel proviennent essentiellement du bassin méditerranéen, quant à ceux de la collection Duclos, ils proviennent de tous les continents et de toutes les mers du globe.


P1010879[1]Cette dernière collection est très riche et compte 80 000 spécimens environ. Tous les groupes des mollusques y sont présents : gastéropodes marins et continentaux (murex, cyprées, cônes, olives, pourpres, escargots, etc.), bivalves marins et continentaux (pecten, tellines, moules d’eau douce, etc.), céphalopodes (nautiles, argonautes, etc.), scaphopodes (dentales) et polyplacophores (chitons). Henri Lecoq acheta cette collection à une vente aux enchères le 3 avril 1854 à son domicile, 24, rue Montholon à Paris, après le décès de Duclos.

Pierre-Louis Duclos (1783-1853) s’était constitué une importante collection par des achats à divers collectionneurs européens. Elève de J.B. de Lamarck, il était membre de la Société des Sciences Naturelles de France et de la Société de Géologie de France. Il publia la description de 273 espèces de mollusques nouvellement découvertes : pourpres, cônes, olives, colombelles, strombes, etc. à partir des coquilles présentes dans sa collection.

 

Restauration et inventaire de la collection

Une restauration et un inventaire papier ont débuté en 2002. Aucun travail antérieur n’avait été réalisé depuis sa constitution. Un inventaire ancien peu précis a été réalisé en 1880.

La restauration consiste en un nettoyage, plus exactement un dépoussiérage à sec à l’aide d’une gomme en latex. Cartons et coquilles retrouvent ainsi leur éclat et leur couleur cachés sous une poussière de plus de 150 ans ! Les coquilles sont recollées avec de la gomme arabique soluble à l’eau.

Photo-002.jpgUn inventaire papier est alors réalisé sous forme de tableau où sont notés : la détermination antérieure, la détermination actuelle quand elle est réalisable, le nom commun, le numéro d’inventaire, le lieu de collecte, la date de collecte, le collecteur, le nombre de spécimens s’il s’agit de lot, le lieu de conservation et une dernière colonne est destinée à recueillir toutes les informations manuscrites qui peuvent être mentionnées au dos du carton.

Ensuite, a lieu un travail de conditionnement et de saisie informatique des données. Les cartons et coquilles sont disposés dans des sacs en polyéthylène pour assurer une conservation optimale et les informations sont saisies sur un logiciel de gestion des collections d’histoire naturelle. Parallèlement, une photographie des spécimens est effectuée. Les spécimens sont disposés dans les tiroirs dans l’ordre d’origine. Une feuille de papier de soie recouvre l’ensemble pour une ultime protection.

 

Etude en cours et intérêt scientifique de la collection

Une étude biographique sur Duclos a été entamée à partir de documents d’archives recherchés à l’Académie des Sciences de Paris, au Muséum National d’histoire naturelle et aux Archives de Paris pour mieux connaître la personne et l’œuvre  de ce malacologue.

Renfermant des types (spécimens de référence qui ont servi à la description de nouvelles espèces), la collection de Duclos fait l’objet depuis 2006 d’une recherche approfondie afin de repérer ces spécimens qui présentent un grand intérêt scientifique. Ceux-ci n’étant pas reconnaissables parmi les autres spécimens de la collection, sont identifiés à partir de la bibliographie originale afin d’accéder aux descriptions et figurations faites par Duclos.

De plus, l’étude de la bibliographie récente nous a renseignés sur la présence de types des espèces de Duclos dans les collections de malacologie du Muséum National d’histoire naturelle de Paris. L’objectif final est donc de réaliser l’inventaire et de valider tous les types de Duclos, travail qui sera suivi d’une publication destinée à la communauté scientifique.


P1010892Cette collection est aussi très riche de par l’importance des origines de ses spécimens puisque les espèces continentales proviennent d’Europe, d’Amérique, d’Asie ou bien d’Afrique, et les espèces marines, de l’océan Atlantique ou de l’Indo-Pacifique. Ces informations concernant les lieux de collecte sont en général annotées sur les cartons où sont collés les spécimens, critère indispensable au statut de collection scientifique. Le nombre des espèces présentes est également très important.

Plus de 60 collecteurs ont été recensés jusqu’à ce jour, parmi lesquels des scientifiques et malacologues de renom. L’étude en cours prévoit une recherche plus approfondie sur les  spécimens récoltés, qui compte tenu de leur origine, présentent un intérêt historique.

Enfin cette collection renferme aussi des espèces disparues ou rares. 

Pour toutes ces raisons, cette collection présente un grand intérêt scientifique.

 

Marie-Françoise Faure

Directrice-adjointe et responsable des collections zoologiques, Muséum Henri-Lecoq