Acquisition

16 Août 2010, 23:37pm

Publié par AMA

jaffeux-marsat_p128Fontfreide.jpg« Vierges auvergnates »

par Victor FONFREIDE (1872-1934)
(gravures sur bois)
 

  



L'artiste :
 

Victor Fonfreide naît à Volvic en 1872. Il commence à fréquenter les écoles du bourg et très vite son goût pour le dessin fait que ses professeurs le remarquent : le sculpteur Henri Gourgouillon (1858-1902) l'incite à poursuivre sa formation à l'école des Beaux-arts de Clermont-Ferrand. De là, il entre à celle de Paris. S'ouvre à lui alors, pense-t-il, une vie pleine et passionnante dans les milieux artistiques et culturels parisiens. Mais faute de moyens pécuniaires, Fonfreide doit y renoncer, devenir professeur de dessin et rentrer en Auvergne ; il est nommé au lycée Emile Duclaux à Aurillac.

 

Victor Fonfreide est curieux de toutes les techniques : huile sur toile, gouache, aquarelle, dessin à la mine de plomb… il pratique tout. Il se passionne aussi pour les arts décoratifs, travaille avec des maîtres verriers comme Félix Gaudin ou pour le musée de la céramique de Sèvres. Il fait de la gravure, crée des médailles…


Les oeuvres:
 

Pour le tricentenaire de la naissance de Blaise Pascal, en 1923, il conçoit une médaille en l'honneur de cet auvergnat célèbre. Il l'honore également en créant une gravure sur bois. A cette époque en effet, Victor Fonfreide travaille beaucoup en utilisant cette technique. Après avoir édité toute une série de gravures représentant des églises de la Haute Auvergne, il en développe une autre : les Vierges célèbres de la Basse-Auvergne. Cette série ne fut éditée que beaucoup plus tard, après sa mort. L'AMA eut l'occasion d'acheter lors d'une vente publique et pour en faire don au musée, en même temps que la gravure de Blaise Pascal, quelques unes de ces œuvres représentant des Vierges : Notre-Dame d'Orcival, Notre-Dame du Port, Notre-Dame de Marsat et Notre-Dame du Marthuret.  

 

 


 

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La collection macologique d'Henri Lecoq

6 Juin 2010, 22:57pm

Publié par AMA

article publié dans la

Lettre de l'AM'A n°20,

Clermont-Ferrand, 2009

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La collection de mollusques d’Henri Lecoq compte plus de 100 000 spécimens et présente un grand intérêt scientifique et  historique.  Elle fut classée, déterminée et étudiée dans les années 1860 – 1870 par Armand Marie Paulin Ducros de Saint-Germain, collaborateur d’Henri Lecoq  chargé des collections  zoologiques. Les spécimens collés sur des cartons, sur lesquels sont écrits la détermination du mollusque, le lieu de collecte et le collecteur, sont disposés dans des tiroirs rangés selon leur systématique.

Persuadé des théories transformistes comme Henri Lecoq, Ducros de Saint-Germain classa cette collection en « séries pour l’étude des âges, des variétés et des influences locales »

afin de mettre en évidence «  l’évolution éternelle de la forme, de la mutabilité de l’espèce… ». C’est pour cette raison qu’il existe parfois des dizaines d’individus pour une même espèce.

Cette collection regroupe les cinq classes de mollusques : gastéropodes, bivalves, céphalopodes, scaphopodes et polyplacophores, provenant du monde entier.

 

Historique de la collection

Elle est formée de la réunion de plusieurs collections acquises par Henri Lecoq par dons, achats ou échanges. Lecoq n’était pas malacologue, mais il avait déjà un certain nombre de coquilles lorsqu’il se décida d’enrichir sa collection personnelle.

Dans les années 1840-1850, il avait collecté des gastéropodes terrestres dans les Pyrénées, la région bordelaise, les Alpes, le Gard, la Lozère, la Corse et la Suisse. Il s’intéressa à l’Escargot de Corse et publia une «  Note sur les mœurs de l’Helix tristis » en 1851 dans les Annales  scientifiques, littéraires et industrielles de l’Auvergne. Cette espèce d’escargot est aujourd’hui classée « en danger critique d’extinction » ; ce mollusque ne vit qu’en Corse où sa répartition se restreint aujourd’hui à  6 hectares.  Henri Lecoq publia aussi une « Note sur les accouplements adultérins de quelques mollusques » dans les Annales  scientifiques, littéraires et industrielles de l’Auvergne en1852.

Cette collection possède des spécimens collectés à Ajaccio en 1850 par le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre avec qui Lecoq avait échangé des coquilles.

 

P1010872Collaborateur de Moquin-Tandon de l’Institut au grand ouvrage des Mollusques de France  publié en 1855, Ducros de Saint-Germain donna à Henri Lecoq sa propre collection  constituée de mollusques continentaux provenant principalement de France. Il s’intéressa plus particulièrement au groupe des olives, mollusques gastéropodes de l’Indo-Pacifique.

 

A cet ensemble vinrent s’ajouter de nombreux échanges provenant de toute l’Europe.  

Puis vinrent les achats de la collection du capitaine Michel de Toulon et de celle de Pierre-Louis Duclos, éminent malacologue de la première moitié du XIXe siècle. Les spécimens de la collection Michel proviennent essentiellement du bassin méditerranéen, quant à ceux de la collection Duclos, ils proviennent de tous les continents et de toutes les mers du globe.


P1010879[1]Cette dernière collection est très riche et compte 80 000 spécimens environ. Tous les groupes des mollusques y sont présents : gastéropodes marins et continentaux (murex, cyprées, cônes, olives, pourpres, escargots, etc.), bivalves marins et continentaux (pecten, tellines, moules d’eau douce, etc.), céphalopodes (nautiles, argonautes, etc.), scaphopodes (dentales) et polyplacophores (chitons). Henri Lecoq acheta cette collection à une vente aux enchères le 3 avril 1854 à son domicile, 24, rue Montholon à Paris, après le décès de Duclos.

Pierre-Louis Duclos (1783-1853) s’était constitué une importante collection par des achats à divers collectionneurs européens. Elève de J.B. de Lamarck, il était membre de la Société des Sciences Naturelles de France et de la Société de Géologie de France. Il publia la description de 273 espèces de mollusques nouvellement découvertes : pourpres, cônes, olives, colombelles, strombes, etc. à partir des coquilles présentes dans sa collection.

 

Restauration et inventaire de la collection

Une restauration et un inventaire papier ont débuté en 2002. Aucun travail antérieur n’avait été réalisé depuis sa constitution. Un inventaire ancien peu précis a été réalisé en 1880.

La restauration consiste en un nettoyage, plus exactement un dépoussiérage à sec à l’aide d’une gomme en latex. Cartons et coquilles retrouvent ainsi leur éclat et leur couleur cachés sous une poussière de plus de 150 ans ! Les coquilles sont recollées avec de la gomme arabique soluble à l’eau.

Photo-002.jpgUn inventaire papier est alors réalisé sous forme de tableau où sont notés : la détermination antérieure, la détermination actuelle quand elle est réalisable, le nom commun, le numéro d’inventaire, le lieu de collecte, la date de collecte, le collecteur, le nombre de spécimens s’il s’agit de lot, le lieu de conservation et une dernière colonne est destinée à recueillir toutes les informations manuscrites qui peuvent être mentionnées au dos du carton.

Ensuite, a lieu un travail de conditionnement et de saisie informatique des données. Les cartons et coquilles sont disposés dans des sacs en polyéthylène pour assurer une conservation optimale et les informations sont saisies sur un logiciel de gestion des collections d’histoire naturelle. Parallèlement, une photographie des spécimens est effectuée. Les spécimens sont disposés dans les tiroirs dans l’ordre d’origine. Une feuille de papier de soie recouvre l’ensemble pour une ultime protection.

 

Etude en cours et intérêt scientifique de la collection

Une étude biographique sur Duclos a été entamée à partir de documents d’archives recherchés à l’Académie des Sciences de Paris, au Muséum National d’histoire naturelle et aux Archives de Paris pour mieux connaître la personne et l’œuvre  de ce malacologue.

Renfermant des types (spécimens de référence qui ont servi à la description de nouvelles espèces), la collection de Duclos fait l’objet depuis 2006 d’une recherche approfondie afin de repérer ces spécimens qui présentent un grand intérêt scientifique. Ceux-ci n’étant pas reconnaissables parmi les autres spécimens de la collection, sont identifiés à partir de la bibliographie originale afin d’accéder aux descriptions et figurations faites par Duclos.

De plus, l’étude de la bibliographie récente nous a renseignés sur la présence de types des espèces de Duclos dans les collections de malacologie du Muséum National d’histoire naturelle de Paris. L’objectif final est donc de réaliser l’inventaire et de valider tous les types de Duclos, travail qui sera suivi d’une publication destinée à la communauté scientifique.


P1010892Cette collection est aussi très riche de par l’importance des origines de ses spécimens puisque les espèces continentales proviennent d’Europe, d’Amérique, d’Asie ou bien d’Afrique, et les espèces marines, de l’océan Atlantique ou de l’Indo-Pacifique. Ces informations concernant les lieux de collecte sont en général annotées sur les cartons où sont collés les spécimens, critère indispensable au statut de collection scientifique. Le nombre des espèces présentes est également très important.

Plus de 60 collecteurs ont été recensés jusqu’à ce jour, parmi lesquels des scientifiques et malacologues de renom. L’étude en cours prévoit une recherche plus approfondie sur les  spécimens récoltés, qui compte tenu de leur origine, présentent un intérêt historique.

Enfin cette collection renferme aussi des espèces disparues ou rares. 

Pour toutes ces raisons, cette collection présente un grand intérêt scientifique.

 

Marie-Françoise Faure

Directrice-adjointe et responsable des collections zoologiques, Muséum Henri-Lecoq

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Gruber, la femme dans l'atelier

6 Juin 2010, 22:49pm

Publié par AMA

Né à Nancy d'un père maître verrier et d'une mère brodeuse et fine coloriste, Francis Gruber (1912-1948) est précocement initié à la sensibilité artistique. Condamné dès son plus jeune âge à rester enfermé chez lui en raison d'une santé fragile, il s'évade dans la littérature, où il découvre tout un monde, univers dans lequel il puisera par la suite son lyrisme poétique et son goût de l'anecdote.

A partir des années 1930, il participe à ses premières expositions individuelles et collectives, s'imposant alors comme une figure de premier plan sur la scène artistique des années d'avant-guerre, aux côtés de Giacometti, Balthus et Faultrier.

Artiste engagé et foncièrement humaniste, Francis Gruber traduit dans ses toiles l'angoisse existentielle née de la guerre : son style graphique, son réalisme expressionniste, ses figures anguleuses au regard mélancolique, la stridence es couleurs imprègnent ses toiles d'un souffle visionnaire.

Grâce à la générosité de Maurice et Simone Combe, donateurs de leur prestigieuse collection au musée d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand, cette institution possède pas moins de sept œuvres de Francis Gruber. Parmi ces toiles, le Modèle dans l'atelier, bien qu'œuvre de jeunesse (1935), s'affirme comme un véritable manifeste pictural de l'artiste. L'œuvre conjugue en effet plusieurs thèmes récurrents de l'univers grubérien : la femme, la nature morte et l'atelier.

 

La femme

La femme est le modèle quasi exclusif de Francis Gruber. Cette omniprésence du motif féminin trouve peut-être sa source dans le poids de l'image maternelle, figure "terrible" et haute en couleur, comme e témoigne cette description du peintre Francis Tailleux, grand ami de jeunesse de Gruber : "Madame Gruber, secouant sa crinière de lion, appuyant de tout son poids sur vos épaules, vous plongeait son affectueux regard inquisiteur dans les yeux et vous obligeait à lui confesser toutes les bêtises dont vous aviez été l'auteur."

 Gruber semble avoir entretenu avec sa mère une relation ambiguë, entre soumission et émancipation. Preuve de ce rapport ambivalent, il réalisa en 1934 un portrait de sa mère qu'il finit par détruire.

 

 Cette ambiguïté se retrouve dans le traitement pictural de la femme chez Gruber : malgré l'importance numérique qu'il leur donne, multipliant les toiles sur ce sujet, leur mise en peinture semble les dévaloriser. Ces femmes restent bien souvent anonymes : ce qui compte pour Gruber, c'est avant tout le type. En outre, les tableaux où elles apparaissent les mettent bien souvent en scène dans des intérieurs, juxtaposées à des natures mortes, aboutissant à une réification de ces femmes soumises au regard du peintre comme purs objets de peinture. Le Modèle dans l'atelier en offre une parfaite démonstration.

 Cette jeune femme au visage impersonnel correspond au type féminin véhiculé par Francis Gruber dans les années 1930 : es formes rondes et tubulaires, l'équilibre instable du personnage, mal assis sur son siège, sont caractéristiques de cette période.

 

La nature morte

Gruber--Modele-dans-l-atelier-copie-1.JPG

Le Modèle dans l'atelier est également représentatif du goût de Francis Gruber pour la nature morte. Peintre résolument figuratif, il fait de la réalité une véritable démarche picturale. Celle-ci se traduit par son attention à la nature, qu'il retranscrit dans ses toiles avec un soin minutieux.

 

Son intérêt pour le bel objet dans des compositions autonomes, mais aussi, bien souvent, à l'arrière-plan d'œuvres mettant en scène des personnages. Dans l'œuvre ici présentée, on aperçoit à droite du tableau un amas d'objets parmi lesquels se distinguent trois éléments récurrents de l'univers grubérien : le violon, l'oiseau et le guéridon.

Car la nature morte est pour Francis Gruber un art de la citation : par la répétition de certains motifs d'une toile à l'autre, l'artiste tisse tout un réseau de correspondances propres à identifier son univers, créant ainsi une complicité avec le spectateur.

 

Ces motifs sont aussi investis d'une valeur symbolique, conférant une dimension supplémentaire à ces œuvres en apparence strictement réalistes. Ainsi, le violon apparaît-il comme une métaphore moderne de l'automne, en accord avec les vers de Verlaine. De même, le chevalet incarne-t-il l'art du peintre, également évoqué dans le motif majeur de l'atelier.

 

L'atelier

Matérialisation de l'univers pictural de Gruber, le thème de l'atelier jalonne toute sa carrière. Après la chambre où l'adolescent asthmatique se cloîtrait, l'atelier du 10 Villa d'Alésia, dans le quartier bouillonnant de Montparnasse, devient le lieu pivot de la vie de l'artiste malade.

Dans ses grandes compositions où figure l'atelier, tel le Modèle dans l'atelier, Francis Gruber véhicule  toute la quintessence de son art (palette, chevalet, cadres, tableaux, tables chargées de pots et de pinceaux, siège du modèle, baies vitrées…), mais aussi l'angoisse de l'homme confronté à ses doutes, dans le contexte troublé de la Seconde guerre mondiale : lieu clos par excellence, l'atelier est à la fois un refuge et une prison.

 

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Lettre de l'AM'A n°20,

Clermont-Ferrand, 2009

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