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Les herbiers, entre science et tradition

20 Janvier 2014, 21:06pm

Publié par AMA

Museum Henri LECOQ/ département de botanique

 

Un herbier est une collection de plantes séchées conservées entre des feuilles de papier. C'est  à Luca Ghini (1490-1566), médecin et professeur de botanique à Bologne, qu'est attribuée  l' « invention » de l'herbier vers 1550. Jusqu'à cette époque la botanique était une activité d'intérêt médical. Cette innovation lui permet de s'affranchir de la médecine et de devenir une science de l'observation.

Au XVIe siècle on ne parlait pas encore d'herbier mais de jardin sec, hortus siccus ou de jardin d'hiver, hortus hyemale. C'est seulement au XVIIIe siècle que le mot herbier fut employé pour désigner une telle collection.

 

DE LA COLLECTE AU CLASSEMENT

Tout commence par l’herborisation, sortie sur le terrain au cours de laquelle on récolte des plantes, si possible entières (tige, feuilles, fleurs et racines). Elle est suivie de la détermination: trouver le nom scientifique à l'aide d' ouvrages spécialisés, appelés Flores, et  d'appareils comme la loupe binoculaire.

Ensuite vient le séchage : les plantes sont étalées en position naturelle, placées entre des feuilles de papier absorbant puis pressées. Toute l’eau de la plante doit disparaître pour assurer une bonne conservation de l’herbier.

Lorsque les plantes sont totalement déshydratées, on les fixe par des bandelettes de papier gommé sur des feuilles de papier, c’est lattachage. Dans des herbiers anciens on trouve des plantes cousues sur le papier, maintenues par des épingles ou insérées dans de fines incisions du papier.

Puis on appose une étiquette mentionnant le nom de la plante, sa date et son lieu de récolte, le nom du récolteur. L'ensemble, plante et étiquette avec ses données, constitue une part d'herbier.

Enfin il convient de classer des plantes selon les familles, genres et espèces.

Gardé à l’abri de l’humidité et régulièrement traité contre les insectes, un herbier se conservera très longtemps : ainsi au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, certains datent  du XVe siècle.

 

 

Les collections du Muséum Henri-Lecoq

Le muséum Henri-Lecoq abrite un peu plus de 100000 parts d’herbier, images de 200 ans de botanique, la planche la plus ancienne datant de 1790. Ce sont des plantes de France et d’Europe. On y trouve des algues, des mousses, des lichens, des fougères, et des plantes à fleurs (dont les arbres) mais aussi des champignons autrefois considérés comme végétaux.

 

Henri Lecoq (1802-1871)

Trefle-rouge.JPGPharmacien, directeur du jardin botanique et du muséum de la Ville de Clermont-Ferrand, il fut le premier professeur de la chaire d’Histoire naturelle de l'Université clermontoise.

Son herbier est constitué de ses propres collectes (Nord, Massif central, Alpes, Provence et Corse) auxquelles s’ajoutent celles envoyées par des correspondants et/ou amis botanistes comme Mougeot (Vosges), Renou (Nantes) ou Nylander (Finlande).  Lecoq a aussi acquis les herbiers  de Fleurot (Dijon) et  de Prost (Mende). Toute la flore française y est donc présente, ainsi qu'une bonne part de la flore européenne.

Cette collection a servi de base à Lecoq pour réaliser son « Catalogue raisonné des plantes vasculaires du plateau central de la France », en collaboration avec Martial Lamotte (1848) ainsi qu’un ouvrage en neuf volumes « Etudes sur la géographie botanique de l’Europe et en particulier sur la végétation du plateau central de la France » (1854).

 

lupin.JPGLouis Brévière (1846-1912)

Louis Brévière était Conservateur des Hypothèques à Ambert. En 1923, sa veuve fait don au musée de l’herbier de son mari. Il est constitué de plantes Phanérogames d’Auvergne (5000 échantillons) récoltées entre 1870 et 1905, très bien préparées, souvent une en fleur et une en fruits.

Plus remarquable est son herbier de Cryptogames qui lui n’a pas été mélangé à celui de Lecoq : Cryptogames d’Europe et d’Algérie (1017 parts réunies en 21 fascicules) et surtout les Cryptogames d’Auvergne (2814 parts réunies en 54 fascicules) qui renferme Algues, Lichens et Bryophytes.

 

 

Eugène Jordan de Puyfol (1827-1891)

Gentiane.JPGOriginaire de Dôle dans le Jura, c’est à la suite de son mariage qu’il se fixe en Auvergne. Il fut maire de Raulhac(15) et juge de paix à Mur de Barez (12).  En quarante ans d'herborisations il se constituera  un herbier personnel, actuellement conservé au Muséum des Volcans à Aurillac, ainsi qu'un herbier de « doubles »  dans lequel certaines espèces, récoltées le même jour et dans la même station sont présentes par dizaines. On appelle ces lots destinés aux échanges des centuries. C’est ce second herbier (187 liasses) qui a rejoint le musée Lecoq.

 

 

Frère Anthelme (1840-1909)

Le frère Anthelme, de son vrai nom Pierre Legay, natif de Mazayes (63), était un frère mariste. Enseignant passionné par la botanique et les sciences naturelles, il était en relation avec des personnalités scientifiques comme Héribaud.

Son herbier, parvenu au musée en 1993, est formé de 16 paquets (2179 parts) de plantes bien préparées, localisées, identifiées et datées. Elles proviennent du Rhône, de la Loire, de l’Ardèche, du Puy-de-Dôme et des Alpes.

Le Frère Anthelme avait constitué plusieurs herbiers à des fins pédagogiques dans chaque établissement où il a enseigné ; celui du musée est sans doute l’un de ceux-ci.

 

Charles de Parades de la Plaigne (1778- ?)

Originaire de Riom il fit une carrière militaire jusqu’en 1834. De retour en Auvergne, il devient maire de Marsat (63) en 1838. Il réalisa son herbier entre 1820 et 1830 avec des plantes de Corse et de la côte méditerranéenne française alors qu’il était en garnison à Ajaccio et à Toulon. La collection, constituée de 41 boîtes contenant environ 2000 parts, a été donnée au musée en 1996.

 

Féodor Jelenc (1911-2001)

Professeur de Sciences naturelles et brillant bryologue, il a réalisé une étude complète de la flore bryologique nord-africaine. Revenu en France, il a constitué, de 1965 à 1990, un herbier de mousses et hépatiques françaises comportant 13191 parts réparties en 127 boîtes. Il a aussi réuni en 63 liasses la plupart des phanérogames de la flore française.

 

 

UTILISATION DES HERBIERS

            La constitution d’herbiers a toujours été la base de travail des botanistes. Ces collections issues de leurs récoltes et de nombreux échanges sont un outil de recherche pour l'identification des plantes,  permettant  de leur  donner un nom et de les répertorier suivant une classification hiérarchisée.

            De cette fonction principale, découlent de nombreuses utilisations dans différents domaines des sciences végétales : phytothérapie, agronomie et production végétale, écologie, cartographie des habitats et inventaires floristiques, paléobotanique …

Les localités d'espèces, mentionnées sur les étiquettes, permettent de connaître la répartition territoriale des plantes, et notamment d'espèces aujourd'hui menacées; un herbier est donc un  fournisseur d'informations dans une optique de conservation de la flore.

C'est aussi une  banque de gènes qui peut être utilisée pour des recherches en biologie moléculaire.

Enfin, un herbier peut aussi intéresser d'autres disciplines comme l'histoire (herbiers de personnages célèbres), la linguistique ou la paléographie.

 

Depuis quelques années, les collections d'Histoire naturelle, et les Herbiers en particulier, connaissent un regain d'intérêt, compte-tenu notamment de l'augmentation de la demande d'informations en matière d'environnement. Modernisés, accessibles, correctement gérés, en relation avec un réseau vivant de spécialistes et de chercheurs, ces herbiers pourront remplir efficacement leur rôle dans la connaissance et la protection de la nature. Dans cette perspective, le muséum Henri-Lecoq a prévu la mise en ligne des données de ses herbiers, via le GBIF (Global Biodiversity Information Facility), base de données internationale.

 

 


 

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La collection macologique d'Henri Lecoq

6 Juin 2010, 22:57pm

Publié par AMA

article publié dans la

Lettre de l'AM'A n°20,

Clermont-Ferrand, 2009

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La collection de mollusques d’Henri Lecoq compte plus de 100 000 spécimens et présente un grand intérêt scientifique et  historique.  Elle fut classée, déterminée et étudiée dans les années 1860 – 1870 par Armand Marie Paulin Ducros de Saint-Germain, collaborateur d’Henri Lecoq  chargé des collections  zoologiques. Les spécimens collés sur des cartons, sur lesquels sont écrits la détermination du mollusque, le lieu de collecte et le collecteur, sont disposés dans des tiroirs rangés selon leur systématique.

Persuadé des théories transformistes comme Henri Lecoq, Ducros de Saint-Germain classa cette collection en « séries pour l’étude des âges, des variétés et des influences locales »

afin de mettre en évidence «  l’évolution éternelle de la forme, de la mutabilité de l’espèce… ». C’est pour cette raison qu’il existe parfois des dizaines d’individus pour une même espèce.

Cette collection regroupe les cinq classes de mollusques : gastéropodes, bivalves, céphalopodes, scaphopodes et polyplacophores, provenant du monde entier.

 

Historique de la collection

Elle est formée de la réunion de plusieurs collections acquises par Henri Lecoq par dons, achats ou échanges. Lecoq n’était pas malacologue, mais il avait déjà un certain nombre de coquilles lorsqu’il se décida d’enrichir sa collection personnelle.

Dans les années 1840-1850, il avait collecté des gastéropodes terrestres dans les Pyrénées, la région bordelaise, les Alpes, le Gard, la Lozère, la Corse et la Suisse. Il s’intéressa à l’Escargot de Corse et publia une «  Note sur les mœurs de l’Helix tristis » en 1851 dans les Annales  scientifiques, littéraires et industrielles de l’Auvergne. Cette espèce d’escargot est aujourd’hui classée « en danger critique d’extinction » ; ce mollusque ne vit qu’en Corse où sa répartition se restreint aujourd’hui à  6 hectares.  Henri Lecoq publia aussi une « Note sur les accouplements adultérins de quelques mollusques » dans les Annales  scientifiques, littéraires et industrielles de l’Auvergne en1852.

Cette collection possède des spécimens collectés à Ajaccio en 1850 par le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre avec qui Lecoq avait échangé des coquilles.

 

P1010872Collaborateur de Moquin-Tandon de l’Institut au grand ouvrage des Mollusques de France  publié en 1855, Ducros de Saint-Germain donna à Henri Lecoq sa propre collection  constituée de mollusques continentaux provenant principalement de France. Il s’intéressa plus particulièrement au groupe des olives, mollusques gastéropodes de l’Indo-Pacifique.

 

A cet ensemble vinrent s’ajouter de nombreux échanges provenant de toute l’Europe.  

Puis vinrent les achats de la collection du capitaine Michel de Toulon et de celle de Pierre-Louis Duclos, éminent malacologue de la première moitié du XIXe siècle. Les spécimens de la collection Michel proviennent essentiellement du bassin méditerranéen, quant à ceux de la collection Duclos, ils proviennent de tous les continents et de toutes les mers du globe.


P1010879[1]Cette dernière collection est très riche et compte 80 000 spécimens environ. Tous les groupes des mollusques y sont présents : gastéropodes marins et continentaux (murex, cyprées, cônes, olives, pourpres, escargots, etc.), bivalves marins et continentaux (pecten, tellines, moules d’eau douce, etc.), céphalopodes (nautiles, argonautes, etc.), scaphopodes (dentales) et polyplacophores (chitons). Henri Lecoq acheta cette collection à une vente aux enchères le 3 avril 1854 à son domicile, 24, rue Montholon à Paris, après le décès de Duclos.

Pierre-Louis Duclos (1783-1853) s’était constitué une importante collection par des achats à divers collectionneurs européens. Elève de J.B. de Lamarck, il était membre de la Société des Sciences Naturelles de France et de la Société de Géologie de France. Il publia la description de 273 espèces de mollusques nouvellement découvertes : pourpres, cônes, olives, colombelles, strombes, etc. à partir des coquilles présentes dans sa collection.

 

Restauration et inventaire de la collection

Une restauration et un inventaire papier ont débuté en 2002. Aucun travail antérieur n’avait été réalisé depuis sa constitution. Un inventaire ancien peu précis a été réalisé en 1880.

La restauration consiste en un nettoyage, plus exactement un dépoussiérage à sec à l’aide d’une gomme en latex. Cartons et coquilles retrouvent ainsi leur éclat et leur couleur cachés sous une poussière de plus de 150 ans ! Les coquilles sont recollées avec de la gomme arabique soluble à l’eau.

Photo-002.jpgUn inventaire papier est alors réalisé sous forme de tableau où sont notés : la détermination antérieure, la détermination actuelle quand elle est réalisable, le nom commun, le numéro d’inventaire, le lieu de collecte, la date de collecte, le collecteur, le nombre de spécimens s’il s’agit de lot, le lieu de conservation et une dernière colonne est destinée à recueillir toutes les informations manuscrites qui peuvent être mentionnées au dos du carton.

Ensuite, a lieu un travail de conditionnement et de saisie informatique des données. Les cartons et coquilles sont disposés dans des sacs en polyéthylène pour assurer une conservation optimale et les informations sont saisies sur un logiciel de gestion des collections d’histoire naturelle. Parallèlement, une photographie des spécimens est effectuée. Les spécimens sont disposés dans les tiroirs dans l’ordre d’origine. Une feuille de papier de soie recouvre l’ensemble pour une ultime protection.

 

Etude en cours et intérêt scientifique de la collection

Une étude biographique sur Duclos a été entamée à partir de documents d’archives recherchés à l’Académie des Sciences de Paris, au Muséum National d’histoire naturelle et aux Archives de Paris pour mieux connaître la personne et l’œuvre  de ce malacologue.

Renfermant des types (spécimens de référence qui ont servi à la description de nouvelles espèces), la collection de Duclos fait l’objet depuis 2006 d’une recherche approfondie afin de repérer ces spécimens qui présentent un grand intérêt scientifique. Ceux-ci n’étant pas reconnaissables parmi les autres spécimens de la collection, sont identifiés à partir de la bibliographie originale afin d’accéder aux descriptions et figurations faites par Duclos.

De plus, l’étude de la bibliographie récente nous a renseignés sur la présence de types des espèces de Duclos dans les collections de malacologie du Muséum National d’histoire naturelle de Paris. L’objectif final est donc de réaliser l’inventaire et de valider tous les types de Duclos, travail qui sera suivi d’une publication destinée à la communauté scientifique.


P1010892Cette collection est aussi très riche de par l’importance des origines de ses spécimens puisque les espèces continentales proviennent d’Europe, d’Amérique, d’Asie ou bien d’Afrique, et les espèces marines, de l’océan Atlantique ou de l’Indo-Pacifique. Ces informations concernant les lieux de collecte sont en général annotées sur les cartons où sont collés les spécimens, critère indispensable au statut de collection scientifique. Le nombre des espèces présentes est également très important.

Plus de 60 collecteurs ont été recensés jusqu’à ce jour, parmi lesquels des scientifiques et malacologues de renom. L’étude en cours prévoit une recherche plus approfondie sur les  spécimens récoltés, qui compte tenu de leur origine, présentent un intérêt historique.

Enfin cette collection renferme aussi des espèces disparues ou rares. 

Pour toutes ces raisons, cette collection présente un grand intérêt scientifique.

 

Marie-Françoise Faure

Directrice-adjointe et responsable des collections zoologiques, Muséum Henri-Lecoq

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Portrait de Blaise Pascal ; acquisition 1998

2 Avril 2006, 15:21pm

Publié par AMA

« Portrait de Pascal »
Huile sur toile (XVIIe siècle)
Musée Henri Lecoq (Clermont Ferrand)
 
 
 
En 1998 les collections des Musées de Clermont-Ferrand ne comprenaient qu’un seul portrait de Blaise Pascal, d’assez faible facture de surcroît. Gérard Tisserand, Conservateur en chef du patrimoine, proposa donc à l’AM’A de participer à l’achat de cette pièce encadrée de 54X45 cm.
 
Acquis en 1998 par la ville de Clermont-Ferrand avec une participation de l’AM’A d’environ 15%.

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